Mashrou3i

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Préserver la culture oléicole ancestrale du village amazigh de Sened

novembre 23, 2021

Développeur et informaticien de formation, c’est avant tout l’amour pour ses terres natales qui a guidé Bassem Sendi vers son parcours d’entrepreneur. En 2015, il fonde le groupement des agriculteurs de la filière biologique des olives de Sened dans le gouvernorat de Gafsa.

Bassem Sendi a plusieurs cordes à son arc. Expert en agriculture biologique et plantes aromatiques et médicinales, il est également à 35 ans le vice-président de la chambre nationale des producteurs d’olives. Mais c’est en tant que membre fondateur du GDA des oléiculteurs de Sened qu’il s’affirme en tant qu’entrepreneur.

« C’est une passion de longue date qui puise dans nos origines berbères et s’est transmise de père en fils. Dans le village amazigh de Sened, les anciens habitaient dans les hauteurs. Une tradition voulait que lorsqu’un enfant naissait dans le village, les anciens descendaient sur les plaines pour y planter 7 oliviers et 3 figuiers. On disait alors que quand l’enfant grandirait fort avec les racines des oliviers. C’est de cette influence que l’olivier est devenu un emblème de la région. »

Les olives de Sened sont d’une variété singulière, appelée « krich ». L’olive « krich » a la particularité d’être très riche en huile, et ses vertus médicinales sont connues depuis longtemps. C’est en redécouvrant cette richesse et son potentiel au début des années 2000, que les habitants de Sened se sont engagés à valoriser ce produit patrimonial de leur région.

En 2015, Bassem a créé un groupement pour continuer sur des bases solides. « A l’origine, nous étiez un petit groupe de 7 personnes, résolus à faire évoluer la filière de l’olive à Sened. Puis nous avons inclus une dizaine d’agriculteurs. »

A travers ce groupement, Bassem s’applique à enrichir les connaissances techniques des agriculteurs de sa région. Il organise plusieurs formations, des séances de dégustation, et cultive petit à petit leurs passions pour l’olive de leur terre.

« Les agriculteurs ne sont pas toujours conscients du potentiel et surtout des techniques de valorisation des olives. Il est nécessaire de les guider pour leur apprendre les bonnes méthodes de récolte, de transport, de conditionnement, de presse… mais aussi comment éviter les faux pas. C’est pour cela que nous avons lancé une session de formation lors de la création du groupement, afin de leur expliquer les meilleures techniques de valorisation. »

Dès sa création, le GDA s’impose comme étant une solution idéale pour les agriculteurs qui ne souhaitent plus revendre à bas prix leur production auprès des huileries de la région. Il permet ainsi une meilleure traçabilité des olives de ces agriculteurs dont il obtient très vite les accréditations biologiques.

« Les produits de notre terroir ne sont pas valorisés. Si l’on ne fait rien, c’est notre patrimoine qui disparait. Nous devons travailler sur cette valorisation, faire un suivi et transmettre ces méthodes aux générations futures pour faire vivre ainsi l’excellence de nos olives et de son huile. »

Afin de lancer un produit commercialisable et attractif sur les marchés, Bassem entreprend de réaliser un BMC, puis son plan d’affaires avec l’aide du projet Mashrou3i. Il intègre le programme de formation entrepreneuriale HP LIFE en 2020 lorsque la pandémie de Covid19 débute.

« En travaillant sur notre BMC avec les experts du projet Mashrou3i, nous avons appris comment préparer notre tableau de bord, identifier les points forts et les points faibles de notre activité. Nous avons également travaillé sur notre plan bancaire social avec les experts du projet ; il s’agit de l’une des étapes qui nous a été le plus utile dans notre parcours. Je leur suis extrêmement reconnaissant aujourd’hui d’avoir appris comment réaliser un plan d’affaires social essentiel à une activité entrepreneuriale sociale. »

L’accompagnement du projet Mashrou3i a continué tout au long de l’année 2021. Lors de la dernière session de formation en novembre, Bassem et d’autres fondateurs de GDA apprennent comment faire face à un échec en tant qu’entrepreneur et s’y relever au plus vite. Ils apprennent également comment réaliser le dossier juridique, comment renforcer la communication au sein d’un réseau d’agriculteurs afin de favoriser l’unité. Cette dernière session de formation est également l’occasion pour Bassem d’y rencontrer de nombreux entrepreneurs, dans d’autres secteurs d’activités, et créer des synergies pour valoriser les produits du terroir tunisien, telles que l’utilisation du bois d’olivier en décoration intérieure ou l’association de la poterie pour le conditionnement des olives.

« Après avoir participé à un concours international à la foire de l’olive à Sfax, où nous avons été repérés par plusieurs dégustateurs tunisiens et étrangers parmi 51 candidats. Nous avons remporté le premier prix dans l’huile d’olive mono variétale. L’impact de cette médaille d’or sur la région a été énorme. Les habitants, les agriculteurs, tous étaient fiers de la portée de cette victoire sur le village de Sened. »