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Autonomisation des femmes dans la chaîne de valeur du palmier dattier à Kebili

mars 8, 2022

A 46 ans, Mbarka Djellouli a tout du rôle de « superwoman » à la tunisienne. Mère de 6 enfants, ce ne sont pas ses devoirs de mère de famille et d’épouse qui ont fait s’évaporer ses rêves de femme entrepreneure. En 2021, elle concrétise ses ambitions et lance « La Perla », une unité de transformation et de valorisation de dattes à Kébili.

Originaire de Kébili, Mbarka a été bercée par l’agriculture de dattiers depuis sa plus tendre enfance. Petite, elle aidait déjà sa famille à la récolte de dattes. Autant dire qu’elle connait ce secteur sur le bout des doigts.

« Je suis fille d’agriculteur ; ma famille a toujours travaillé dans la culture des dattiers à Kébili. J’ai tout appris sur ce domaine lorsque j’étais enfant. Et j’ai surtout nourri un profond respect pour les ressources naturelles rares qui nous sont offertes dans cette région aride du pays. »

Après avoir consacré plus de 20 ans à sa famille, Mbarka met à bien ses connaissances et son savoir-faire pour se lancer dans l’entrepreneuriat. Elle démarre son parcours en se formant aux techniques de valorisation et de production des dérivés de dattes. A travers le soutien de l’association Joud Nefzaoua, elle renforce ses compétences techniques et assure un démarrage de ses activités en pleine de pandémie de Covid-19 en obtenant un financement bancaire et un local pour l’installation de son unité.

« Bien que la majorité des entreprises de valorisation de dattes travaillent industriellement, j’ai choisi de démarrer mon activité de façon artisanale. Sans machines, j’assure toute la chaine de production manuellement. C’est un travail éprouvant certes, mais qui ne me fait pas peur. Pour moi, il est avant tout essentiel de préserver cet héritage artisanal. »

Les techniques artisanales de Mbarka demandent certes beaucoup d’investissement, mais l’entrepreneure, entourée d’une équipe de 4 personnes et de saisonniers, s’attèle toujours à honorer ses commandes en temps et en heure. « Notre capacité de production dépend toujours des commandes. En fonction de cela, je peux recruter jusqu’à 10 emplois à temps partiel ou saisonniers. »

La particularité de Mabarka ne se trouve pas uniquement dans son parcours de vie ou ses méthodes de production, mais aussi dans le produit qu’elle commercialise. Issues de la région de Tozeur, les dattes de variété « Kenkechi » sont beaucoup moins connues que la star des dattes « Deglet Nour ». Toutefois, on en reconnait certaines vertus non négligeables, parfaitement adaptées à la transformation de dattes en dérivés tels que les confitures, les sirops, le sucre…

« On ne parle pas assez des différentes variétés de dattes. « Laahlig » par exemple est une variété cultivée à Tozeur, très sucrée et beaucoup plus savoureuse que la Nour. Mais beaucoup ne savent pas comment la valoriser. Il en va de même pour la variété « Kenkechi ». Je l’utilise beaucoup pour réaliser le sucre de dattes et le sirop. »

En 2021, elle intègre le projet de formation et d’accompagnement des entrepreneurs, Mashrou3i, financé par l’USAID et mis en œuvre par l’ONUDI en Tunisie. Grâce à Mashrou3i, elle apprend les bases de la commercialisation et comment promouvoir ses produits pour cibler de nouveaux clients.

Le projet lui permet également de réaliser l’analyses de tous ses produits auprès du bureau de contrôle VERITAS, étape préliminaire à la certification biologique.

« A l’origine, je ne pars de rien. J’ai tout fait par moi-même. Donc quand j’ai eu le soutien non seulement de ma famille, mais également du projet Mashrou3i et de l’association Joud Nefzaoua, cela a été très important pour moi. C’est grâce à ce soutien que j’ai pu lancer mon entreprise et devenir l’entrepreneure d’aujourd’hui et la leader de demain. »

Un modèle pour plusieurs femmes de sa région, Mbarka assure que tout est une question d’entourage et d’accompagnement. Les femmes du sud de la Tunisie et particulièrement dans les zones rurales, font face à des défis majeurs au sein de leur microcosme pour s’émanciper. Le soutien de son proche entourage, la résilience et la capacité à solliciter un accompagnement lorsque le besoin y est, est essentiel pour lutter contre les inégalités et œuvrer en faveur de l’accès à l’emploi pour les femmes.

« Grâce à mon entreprise, j’ai trouvé ma valeur personnelle et ma confiance en moi. »