Mashrou3i

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Valoriser les oasis à travers l’artisanat

août 13, 2022

L’image de Tozeur a très souvent été associée à une région riche en production de dattes, et aussi une destination touristique privilégiée à la porte du désert tunisien. Aujourd’hui de nombreux jeunes entrepreneurs tunisiens comme Farida Laimech promotrice de Decopalm y voient plus. Ils sont conscients des enjeux de la protection de l’environnement et de l’importance de valoriser tous les produits du palmier dattier pour créer des emplois dans leur région et sauvegarder ce patrimoine pour les générations futures.

A 20 ans Farida Laimech comme beaucoup de jeunes de sa région fait ses preuves dans le secteur du tourisme. Elle a la confiance d’un de ses proches et dirige une agence de voyage avec 38 chauffeurs sous sa direction. Elle apprend vite et maitrise tous les volets, mouvements, départs, arrivées, excursions, clientèle et même la comptabilité jusqu’à la révolution, ou elle est obligée de mettre la clef sous la porte.

Mais que cela ne tienne, c’est une battante et elle a de qui tenir. « C’est mon père qui m’a transmis l’amour de l’agriculture et la culture de la valorisation des différentes composantes du palmier dattier. Il m’a appris que la datte est un produit sacré et qu’on ne jette rien pas même le petit bouchon qui la relie à la tige ».

« Conseillée par une amie tenant une maison d’hôte, c’est avec ces bouchons naturels que je fabrique mes premiers tableaux, puis suivront des rideaux, des nappes, divers produits de décoration à partir du recyclage des déchets de palmiers qui vont énormément plaire et avoir beaucoup de succès ».

Son expérience de femme de terrain, jointe à son ingéniosité et au savoir-faire transmis par son père aujourd’hui décédé font le reste. Elle est la première femme à se lancer en 2015 avec Decopalm dans la fabrication des objets de décoration à partir du recyclage des déchets de palme et surtout à innover dans le design des produits. Et elle l’est toujours. Farida ne fait pas les choses de moitié, prenant l’attache de l’Espace Entreprendre, elle profite de l’appui du CEFE pour travailler son business model, et bien étudier sa concurrence.

« Mes clients au départ sont essentiellement la famille et les amis conquis par mes produits qui tranchent avec ceux offerts dans les souks, ce sont aussi les responsables régionaux qui recherchent des cadeaux exotiques, des touristes de passage ou des visiteurs dans les foires qui derrière un produit achètent une histoire celle d’un produit 100% naturel fabriqué à partir de déchets récupérés dans la palmeraie ».

En 2019 Farida immerge dans une nouvelle opportunité, elle entre de plein pied dans le monde de l’industrie. Notre promotrice sollicite et obtient haut la main un crédit de 30.000 D pour lancer son atelier de menuiserie spécialisé dans la fabrication de meubles en bois à partir des vieux troncs de palmiers récupérés, des produits très prisés en Tunisie et également à l’étranger. A la faveur de sa rencontre avec l’expert du projet Mashrou3i, avec les conseils et l’aide prodigués, Farida se sent des ailes. Elle a tous les atouts de son côté pour présenter sur le marché des produits innovants, qui sont un mariage astucieux entre un meuble fabriqué à partir du bois de palmier et des décorations obtenues grâce au recyclage des déchets.

Mais la crise du Corona virus en a décidé autrement, et comme des milliers de jeunes entrepreneurs elle arrête sa production à peine lancée et renvoie le cœur serré ses 17 employés. La reprise en 2021 sera très difficile. Il faut faire face à la concurrence dans le meuble de bois de palmier, trouver les ressources nécessaires pour payer la banque et surtout s’approvisionner en matières premières et faire les stockages nécessaires.

« Une fois sortie du premier choc je me retourne encore une fois vers Mashrou3i, qui à travers son assistance technique me donne une bouffée d’oxygène et l’élan qui me manquait. D’abord avec un apprentissage en Anglais qui me permettra de mieux parler avec mes clients étrangers de mes produits qui cachent une histoire, celle de la préservation de tout un écosystème. Avec aussi une formation en Design qui me permettra de libérer mon potentiel créatif et enfin une formation sur la scie à panneaux qui me permettra de sortir de la sous-traitance et d’innover sur mes produits et commercialiser avant d’être copiée… ».

Pour l’avenir Farida a beaucoup d’espoir et surtout beaucoup de projets pour Decopalm à travers le développement de son site marchand et pour son association « Femmes oasiennes pour le développement durable » qu’elle pilote depuis 2021 et où elle apprend aux femmes à être autonomes et à tirer profit du recyclage des déchets naturels, mais aussi des déchets ménagers en créant leurs propres composts, et en développant leurs propres jardins potagers…